MOUVEMENT MALIVALEURS « Transcrire la mémoire »

Citation

malivaleurs-entete.jpgRapport narratif du Programme « Transcrire la mémoire »

Activités 2012

L’année 2012 a débuté avec la mobilisation de nos collectifs de chercheurs et écrivains en vue de documenter le mandat d’ATT sous un angle critique (projet de livre sur les cent derniers jours du mandat d’ATT). Le coup d’Etat du 22 mars nous a conduits à élargir la démarche afin de documenter la crise dans laquelle le Mali était en train de s’installer. Le Mouvement Malivaleurs s’est dès lors structuré pour être sur un maximum de fronts.

Un manifeste des écrivains et intellectuels a été publiée le 4 mai 2012 pour dénoncer les dégradations de patrimoine culturel à Tombouctou et se porter partie civile contre les groupes armés (voir sur  www.editionslasahelienne.net  www.malivaleurs.net, reportages de l’ORTM, de France 24 et autres chaînes internationales)

Pour le conduire nous avons mis en place le Collectif Parties Civiles.

Au chapitre des écrits et débats, nous avons monté l’opération Transcrire la mémoire et publié plusieurs ouvrages dans la collection Regards sur une crise (voir sur www.editionslasahelienne.net). Ces publications ont été suivies par de nombreux forums auxquels nos auteurs ont participé : Bamako, Ségou, Mopti, Kati, Saint Louis du Sénégal, Dakar, Abidjan, Nouakchott, Brazzaville, Paris, Marseille, Bruxelles, Genève, Lyon.

Un important programme jeunesse

Des Centres aérés ont été mis en place entre juillet et septembre 2012, avec des activités de rencontres entre jeunes déplacés/jeunes des sites d’accueil, voyages de groupes, ateliers, résidences, prise de parole et interpellations publiques.

Les collectifs Enfance Heureuse et Nouvelles générations ont été mis en place, à la faveur des activités.

Une Charte des nouvelles générations est née de ces débats et a été présentée au Premier ministre de l’époque, au ministre de l’Education et à l’opinion, via les média et forums du Mouvement Malivaleurs.

Plus de trois cent jeunes ont participé à ces voyages de groupe et résidences à Bamako, Kati, Ségou, Markala, Siby. Les prospections réalisées dans les camps de réfugiés au Burkina ont conclu à la nécessité de surseoir aux rencontres dans ces sites.

Des manuscrits sont issus des ateliers et portent sur le ressenti des jeunes participants face à la guerre et la crise (en attente de publication).

Neuf collectifs nés en 2012/2013 sont venus renforcer Malivaleurs:

  1. – PEN International Mali présidé par Ismaila Samba Traoré,
  2. – La ligue des écrivains du Mali présidée par Doumbi Fakoly,
  3. – le collectif des historiens et hommes de culture, coordonné par Chirfi Moulaye et placé sous l’autorité morale du Pr Bakari Kamian
  4. – le collectif Enfance Heureuse présidé par Bintou Sanogo
  5. – le collectif Nouvelles Générations présidé par Aïcha Diarra
  6. – le collectif Faire connaissance avec…piloté par Mariam Koné vise à tourner l’esprit et le cœur des jeunes vers une culture de la paix, du dialogue/réconciliation, de la citoyenneté et du modèle vertueux.
  7. – le Collectif Parties Civiles, en veilleuse
  8. – le collectif Poètes sans frontières présidé par Hamidou Berthé
  9. – le collectif Maison de la poésie du Mali présidé par Coumba Kéïta et Aïcha Diarra.

  Bibliothèque Rabia et Fodé Ousmane/Espace de dialogue.

Notre bibliothèque d’appui à la lecture et son espace de dialogue de Bako Djikoroni ACI ont vu le jour. Ils sont connus maintenant du public et des médias grâce à une impressionnante médiatisation nationale et internationale. L’espace Rabia et Fodé Ousmane a accueilli neuf (9) rencontres sur le thème de la crise, de la diversité culturelle, du dialogue et de la paix sociale.

Des concertations ont eu lieu en milieu rural

  • Rencontre à Tèguè Koro autour de Greg Polk, Fodé Kéïta, Modibo Traoré, Dr Diakité, médecin chef du lieu pour le montage des « sigi ka kouma » au village
  • Deux Rencontres à Balandougou dans le Mandén autour du chef de village Fafrén Kéïta, ses conseillers, les représentants des jeunes, afin de monter le schéma des « villages d’inviolabilité » (dossier sur demande).
  • Institut rural Nakamissa à Balandougou dans le Manden

Il s’agit d’un espace de formation et d’hébergement pour accueillir les formations en médiation et résolution des conflits. L’institut fonctionne comme centre d’écoute des personnes en détresse psychologique et atelier-résidence pour les nouveaux leaders communautaires. Il va structurer et diffuser le schéma des « villages d’inviolabilité ».

Séminaires jeunesse et reprofilage du programme jeunesse

  • Rencontre à Ségou et mise sur pied de Groupes de réflexion
  • 3 rencontres à l’espace de dialogue Rabia et Fodé Ousmane autour des thèmes suivants :
  • Comment lutter contre la démotivation des jeunes
  • Comment agir pour impacter les élections à venir et relever le taux de participation
  • Restitution de la méthode d’évaluation de DOEN (cf : Atelier Claudia Fontès/Ismaila Samba Traoré et partenaires de DOEN)

Le Mouvement Malivaleurs a bénéficié du soutien de l’Ambassade des Pays Bas, de DOEN, de l’Ambassade de France, du Mouvement Malivaleurs, de La Sahélienne, du collectif Les amis de Greg.

 

Bamako, le 1ér Juin 2013

Ismaila Samba Traoré

Hommage à l’ethnologue et historien Youssouf Tata Cissé

Karamoko Youssouf, I ni wale

Permettez qu’en prenant la parole ici, je m’exprime au nom de certains collectifs qui tiennent à rendre hommage au professeur Youssouf Tata Cissé qui nous a quittés.

– Il s’agit du réseau de parents et amis, ici représenté par M. Kader Samaké et vous tous ;

– Il s’agit de ses nombreux collaborateurs enseignants-chercheurs, institutions maliennes et françaises confondues ;

– Il s’agit des milliers d’étudiants, enseignants et chercheurs qui l’ont fréquenté ;

– Il s’agit du collectif d’écrivains PEN Mali dont je suis le président… Il s’agit de la communauté des professionnels du livre et de l’écrit.

Le Mali salue aujourd’hui à travers cet homme un savant immense ! Un grand donso ! Un des chercheurs et écrivains maliens les plus illustres ! Un professeur iconoclaste qui a su se rendre disponible pour de nombreux chercheurs et étudiants.

Il a en effet contribué à l’Institut des sciences humaines du Mali, au Centre national de la recherche scientifique de France et à la prestigieuse Sorbonne, à qualifier notre pays et ses traditions orales, à apporter le témoignage de la qualité de nos systèmes pluricentenaires de transmission des savoirs et des patrimoines.

Le Mali, ses enseignants, chercheurs et écrivains joignent leurs voix à la mienne pour saluer l’ethnologue et historien de race qui a recueilli le meilleur des matériaux sur les grands empires, avec certains des traditionnistes les plus qualifiés. Disant cela, je salue la mémoire de Wa Kamisoko, son ami, son frère et fidèle compagnon… Le Mali salue en Youssouf Tata Cissé un chercheur qui a consacré toutes ses ressources et toute son énergie à son travail et qui a publié ses travaux, ce n’est pas le moindre de ses mérites.

Le travail titanesque qu’il a abattu s’est révélé être souvent un véritable combat, qu’il a livré et gagné, contre une frange d’académiciens qui ne voulaient pas reconnaître aux traditions orales la qualité de sources crédibles pour l’établissement de l’histoire africaine.

Youssouf Tata Cissé a terminé sa carrière au plus haut sommet académique.

Il est :
médaillé d’honneur du CNRS (France)
officier de la Légion d’honneur (France)
officier de l’Ordre national du Mali

I Cissé ! Tu as amplement mérité toutes ces distinctions.

Que seraient les études mandingues sans toi, que seraient les études maliennes sans toi ?

Nous sommes nombreux à avoir formulé le projet que tu puisses t’adresser à des cercles encore plus élargis. Car c’est la vocation des monuments humains comme toi, de dispenser leur savoir au sein et en dehors de l’école. Comme un grand karamako ! Car tu étais à toi tout seul une université vivante qui enseignait la connaissance de soi, en décryptant à merveille l’onomastique et la trame complexe des processus migratoires et de peuplement du Sahel. Tu pouvais parler du Mali, de Kayes à Kidal, en ethnologue dont le savoir foisonnant laissait complètement bouche ouverte ceux qui venaient à toi.

An balimaw, nous venons de perdre le plus grand historien-archiviste de notre pays. Il savait des choses sur toutes choses. L’une des marques de ce type de monument humain, c’est qu’à son contact, on ne se sent pas suffisamment intelligent, pas suffisamment de mémoire pour retenir tout ce qu’il vous raconte.

Comment cet homme a-t-il été bâti ? Formé ? Éduqué ? Où a-t-il pu capter une mémoire aussi immense ? Comment faisait-il pour être jeune avec les jeunes, pour se mettre au niveau du plus humble des disciples ? Pour être généreux et donner tout son temps à tous dans sa maison-université du boulevard Pereire ?
Dieu le Clément et Miséricordieux sait reconnaître les gens de mérite et mon « koro » ira au paradis, Incha’allah, comme tous les grands maîtres qui ont passé leur vie à transmettre leur savoir… avec générosité. Les ouvrages qu’il laisse derrière lui et ses travaux non encore publiés constituent une immense contribution pour la mémoire de nos sociétés maliennes et sahéliennes.
La charte du Mandé ou encore Manden Kalikan qu’il a mis en évidence a été reconnue par les Nations unies en 2008 comme source des droits de l’homme et inscrite depuis 2009 par l’Unesco au patrimoine immatériel de l’humanité.

Youssouf Tata Cissé, ce fut tout cela ! Et beaucoup plus encore !

Les collectifs dont je fais partie prennent l’engagement de perpétuer ta mémoire, koro Youssouf…

I Cissé ! Repose en paix !

Par Ismaïla Samba TRAORÉ,
Président du mouvement Malivaleurs
Président du collectif d’écrivains PEN Mali

 

Moussa Konaté, l’anti-musalaka

An balimaw aw salam Aleikoum !
Minisiri Buruno Mayiga
Konatéla kaw ! Furunyogonw ! siginyogonw ! baarakenyogonw ! Tériw ! balimaw !
Aw bè bonya bè Kuma la
Nin dakuru nyè damado ye taasibila ye k’a nyèsin banbagato ma. Ka bo a jènyogonw ni barakènyogonw yoro, n’oyé écrivainw ni éduteuruw ye.

L’honneur me revient, en cet instant chargé de tristesse, de prendre la parole au nom de l’OMEL dont le président Hamidou Konaté ici présent, au nom de la Ligue des Écrivains du Mali dont le président Doumbi Fakoly ici présent, au nom du collectif d’écrivains PEN International Mali, au nom des écrivains maliens dans leur ensemble, au nom des éditeurs maliens dans leur ensemble, au nom de tous les professionnels du livre et de l’écrit, du Mali, d’Afrique, de France et du monde dont certains ont fraternisé grâce à Étonnants Voyageurs, au nom de tous les militants qui font bouger le monde par leur réflexion et leurs écrits, l’honneur me revient donc de transmettre les sentiments que nous éprouvons avec la disparition de Moussa Konaté.

Je voudrais trouver les mots qu’il faut pour dire à tous ce que fut la place de Moussa Konaté dans l’histoire des idées, le combat démocratique, le combat pour le rayonnement de l’éducation et de la culture. Le combat pour la professionnalisation des métiers du livre au Mali. Le combat pour faire du Mali une destination pour les écrivains du monde entier, à travers le festival Étonnants Voyageurs dont il était coprésident.

C’est donc un sujet vaste ! Très vaste ! Moussa a embrassé tout ça ! Et plus encore !

Le temps et les circonstances ne nous permettent pas d’évoquer sa vie, ses écrits, ses engagements, tous ces combats multiformes qu’il a livrés. L’homme a écrit et publié près de quarante livres. Quarante livres destinés à documenter maîtres d’écoles et professeurs d’ici et d’ailleurs ! Élèves et étudiants d’ici et d’ailleurs ! Journalistes et chercheurs d’ici et d’ailleurs! Hommes politiques et décideurs de tous niveaux ! Mais aussi, agriculteurs, artisans et pasteurs qui sont alphabétisés en langues maliennes.

Près de quarante ouvrages de réflexion critique, d’essais politiques, romans, pièces de théâtre, littérature de jeunesse.

Que de nuits blanches faut-il dans une vie pour écrire seulement un ou deux livres ? Moussa a utilisé son capital vie pour écrire. Il s’est consumé pour créer. Il a fallu beaucoup de renoncements et beaucoup de distance par rapport aux bruits du quotidien, pour se soustraire et créer. Dans la solitude la plus extrême. Peu de gens en une génération peuvent réussir ce qu’il a fait.

Lui l’a réussi, lui l’anti-Musalaka ! L’anticonformiste ! Le forçat de l’écriture pour employer une expression qui fut donnée à Balzac !

Cet homme n’est pas mort, car il survit à travers ses écrits, sa pensée ! C’est bien la sagesse chinoise qui a dit que « pour être un homme, il faut avoir planté un arbre ou écrit un livre » !

Famille Tiény Konaté, vous qui avez donné au Mali tant de fils et filles illustres, permettez que je salue quelques-uns des aînés de cette famille, au premier rang desquels mon homonyme Ismael Konaté, un innovateur de premier plan, homme de cœur et de conviction qui a brillé par la qualité et la pertinence de ses engagements, le Pr Sanoussi Konaté, qui signe un remarquable ouvrage sur cinquante ans de politique de santé au Mali… Tous les autres que je ne saurais nommer. Que l’on me permette de terminer par le cadet, Ousmane Tiény, romancier et critique littéraire reconnu… vous qui avez donné au Mali tant de fils et filles illustres, je vous vous prie s’accepter la reconnaissance et les condoléances de l’OMEL, de PEN International Mali, de la Ligue des Écrivains du Mali. Pour avoir donné au Mali et à l’Afrique l’écrivain malien le plus important de sa génération.

Salut, Moussa ! Les confrères et la nation malienne toute entière te disent ceci :

Tu as rempli ta part de contrat dans la construction de la grande bibliographie malienne et africaine. Tu as rempli ta part dans l’édification d’une école et d’une société maliennes mieux ancrées. Tu as rempli ta part de militant dans le combat pour les libertés.

Au cours des années 1980, tes lecteurs et ton cercle d’amis sentaient déjà que tu repousserais toutes les limites de l’engagement. Car ta passion du Mali était densifiée par ta capacité d’indignation, ton refus de la complaisance et de la médiocrité. Tu as compris avant beaucoup de gens que nous étions dans une crise de valeurs et par conséquent dans une crise de société tout à fait insidieuse. En cela tu fus un visionnaire.

Tu as su dénoncer les dérives politiques à un moment où les militants étaient rares. Tu as pris des risques politiques sans limites avec certains de tes écrits. La médiocrité dans laquelle le pays était tombé t’empêchait de dormir !

Ta conversation était obsessionnellement orientée sur le pays, ce qu’il était devenu. Tu débattais tout le temps. Jusqu’à déprimer. Rarement nous avons rencontré un homme comme toi, obsédé par son pays. Et lorsque tu t’es expatrié, ce fut pour mieux te consacrer au Mali. Après avoir contribué à créer des emplois ici, tu as posé aussi un pont entre le Mali et le monde. À travers ta présence dans les médias et forums, à travers ta société de diffusion, à travers Étonnants Voyageurs ! Tu as contribué à donner du Mali l’image d’un pays qui pense ! Qui se bat ! Qui apporte de la qualité dans l’échange mondial. Tu as admirablement servi ton pays et l’Afrique. Sans penser à ton propre confort, sans ménager ton énergie et ta santé.

Ce que tu laisses derrière toi est impérissable.

Puisse Dieu inscrire cette immense contribution au titre de tes Baradji et Sininyèsigi.

Pour terminer, j’invite mes compatriotes à méditer ces phrases du penseur arabe malien Sidi Yehia Et Tadelsi, qui vécut à Tombouctou au XVe siècle et qui a donné son nom à une mosquée de cette ville :

Et Tadelsi a écrit ceci :
Souviens-toi le souvenir est plein d’enseignements utiles ;
dans ses replis il y a de quoi désaltérer l’élite de ceux qui viennent boire ;
N’as-tu pas vu que si la trace de ceux qui mettent de l’ardeur
à être généreux mérite d’être citée, la trace laissée par les penseurs
est plus digne d’être estimée encore.
La disparition d’une intelligence de ce monde est un deuil
qui se manifeste en tous pays et chez les hommes de valeur.

Ismaïla Samba Traoré
Écrivain et éditeur
Président du collectif d’écrivains PEN Mali
Porte-parole

 

 

7 décembre 2013 : forum sur l’agriculture et la sécurité alimentaire au Mali

L’INAGRIM (Initiative agricole pour le Mali en France) vous convie cordialement au Forum sur l’agriculture et la sécurité alimentaire au Mali qu’elle organise le samedi 7 décembre 2013 de 11h à 17h.

Lieu
Bourse de Travail de Paris
salle Jean-Jaurès
3, rue du Château d’Eau
75010 Paris
Métro Republique

Nous comptons sur votre présence pour échanger sur les enjeux et les opportunités de l’agriculture au Mali.